Industrie agro-alimentaire

Industrie agro-alimentaire - Pour faire du profit, tout est bon


Pour faire du profit, tout est bon
None
image

Danone séduit ici la clientèle avec des yaourts qui se font passer pour des potions magiques. On connaissait le flacon d'Actimel censé " renforcer les défenses immunitaires " et le yaourt " anti-cholestérol ", désormais on a droit au yaourt... cosmétique qui prétend rien moins que " nourrir la peau de l'intérieur et la rendre plus belle " !

Mais, comme le miracle se paye, ces produits sont très chers, ce qui limite leur diffusion. Comme le dit Franck Riboud, PDG de Danone : " On touche 20 % de la population. Essentiellement le haut de la pyramide, qui a les moyens de s'acheter des yaourts. Ce qui nous intéresse, ce sont les 80 % restants, qui vivent avec 3 à 5 dollars par jour. "

Poursuivant cette idée depuis quelques années en Afrique du Sud, en Asie, à grand renfort de publicité sur l'accès à la santé et les miracles du micro-crédit, Danone y a ouvert des usines. Les yaourts y sont fabriqués à bas prix par une main-d'oeuvre sous-payée. Puis les petits pots sont distribués par des femmes qui parcourent à pied les chemins pour les vendre à l'unité, en porte-à-porte, dans les villages, les faubourgs des villes et les bidonvilles.

Tout le cynisme de l'opération est résumé dans l'interview d'un certain Olivier Fourcadet, professeur de stratégie à l'Essec, qui déclarait le 24 avril dans les colonnes du journal Le Parisien : " Les industriels ont pris conscience, au début des années 2000, qu'ils étaient restés à l'abri d'un marché colossal : les pauvres. Ils s'étaient déjà implantés dans certains pays du Sud mais en n'y ciblant que les classes moyennes. Sans voir que les pauvres avaient une certaine capacité à dépenser - à condition de rendre les produits accessibles. Prenons le cas des yaourts : il faut les proposer non en pack mais à l'unité. Et s'il n'est pas possible de se payer 120 grammes tous les jours, autant faire des pots de 80 grammes. Il faut s'adapter. "

Le tout, c'est de capter le pouvoir d'achat que constituent ensemble des centaines de millions de pauvres. Et tant pis si après ils ont encore faim.


Sophie GARGAN